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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 11:32

"Elle danse. C'est collectif, c'est une folie, ce serait idiot de se rétracter". Et elle ne danse pas pour montrer aux autres qu'elle chaloupe encore bien pour son âge, son bassin se balance comme en montée d'ecstasy, sauf qu'elle ne prend rien, et elle commence à sentir le son lui rentrer dans les mains, lui délier la nuque et autour d'elle tous les corps sont dans le même état - elle danse et elle a posé le cerveau, et ça la débecte de l'admettre, donc le lendemain elle pense à autre chose, mais elle danse pour se sentir verticale, la plante de ses pieds se connecte au sol et elle est défoncée, des étoiles lui dégringolent dans le ventre, comme si ça avait été toujours leur place, elle danse en pensant aux morts et elle danse avec eux, elle danse en pensant à tout ce qui a disparu et qui pourtant existe encore, intact, aussi facile à redéployer que si elle ouvrait un livre en deux et que des images avec les sons et les odeurs et chaque grain de peau se déroulaient, elle danse parmi les autres et elle reconnaît leurs présences, il y a un lien entre eux tous, ils sont heureux d'être ensemble avec la même imbécilité qu'on éprouve quand on est récemment amoureux, sauf que là ils sont une trentaine et elle s'enchaîne à eux sans même y prêter attention, ils sont un seul corps qui ondule et ça les plaît d'être là. Impossible de dire ce qui déclenche ça." 

Virginie Despentes, Vernon Subutex 2

 

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 16:23

Fermer les fenêtres. Tirer les rideaux.

Rester à l'abri, à la fraîche, loin des rumeurs de la ville, de l'excitation des départs en vacances, de la revue de presse des défilés, d'une actualité tiède à nous ramollir et d'une course effrénée à un teint hâlé signe extérieur de vanité.
Oublier l'heure qu'il est et les impératifs d'une journée qu'on laisse filer sans contrainte de rentabilité et dernières affaires à solder.

Demain rien n'aura changé.

Faire le vide… Et profiter de l'heure du thé pour faire péter les synthés, seule ou accompagnée.

Tapage diurne pour convoquer au banquet sans mascarade grotesque ni mascara coulant, les absents sur la piste de danse.

Espérer la visite de ceux qui nous ont quittés, spectres malgré eux, hantant nos existences par des chants de silence. Ceux pour qui on ne cesse d'imaginer une suite sans fin. Se projeter dans une prochaine fête entre amis pour balancer la sauce et goûter à l'ivresse des corps envoutés par des rythmes endiablés et même un tube de l'été remixé.

Choisir, sans se le dire, de continuer à fêter les vivants, d'accepter que tout ne soit ni rose ni parfait, de vivre cette réalité avec ses petites contrariétés, ses maladresses, de se faire bousculer, d'être parfois à contre-rythme ou de se faire marcher sur les pieds, sans rien laisser s'échapper et créer toujours et encore des moments de félicité, sur une playlist sur-mesure à partager.

Alors on danse
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 14:45

Un chignon fait à l'arrache avec une épingle à cheveu rescapée d'un naufrage au fond du sac, un tee-shirt, relique des années collège et un legging en coton, version Madonna Recherche Susan désespérément, j'avais réuni et revêtu le parfait équipement pour me présenter à la barre, complètement inconsciente des risques encourus et flippée comme le jour de ma rentrée au CP.

Je le jure.

La première apparition en entrant dans les vestiaires, fut celle d'une enfant à peine plus âgée que Billy Elliot, tout droit sortie de Martine, petit rat de l'opéra. Elle était parfaite, j'étais décomposée.

Avant même de pouvoir imaginer renoncer à cette expérience face à ce mirage qui n'en était pas un, je fus rejointe par d'autres masochistes majeures et débutantes, en mal de sensations, arborant des tenues aussi peu académiques que la mienne. Toute une génération élevée à Fame et Flash Dance profitant de la fin de l'été pour vivre l'aventure en tutu. Je ne pouvais que me réjouir. J'avais du renfort pour me camoufler dans le groupe et noyer l'impression de ridicule dans le regard nerveux de mes nouvelles camarades.

Passée l'épreuve des présentations avec le professeur et la question qui tue :

"Avez-vous déjà fait de la danse ?"

"Heu, petite, je suppose..."

"Vous n'êtes pas sûre ?"

"Oui, enfin c'est que c'était il y a très longtemps."

"Je vois."

"..."

je me retrouve à réapprendre à compter jusqu'à huit, à me promener sur un pied et à enchaîner les pas de bourrée, concentrée et sobre comme jamais.

J'ai dix ans, je sais que c'est pas vrai mais j'ai dix ans face à cette glace, au milieu des autres filles, dans les mains du maître. C'est un sentiment étrange que celui de revivre son enfance, des années après, en cadence et sans regret.

Ca valait bien un coup de pied au cul.

Panpan tutu
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Présentation

  • : Vodka Lemoni
  • : Pas de justification. Pas de démonstration. Que des tripes avec du style et quelque élégance. Eviter de tomber dans le piège de l'egotrip "Miroir mon beau miroir". Sortir de l'éternelle fatalité "Vous êtes de ceux qui mettent leur orgueil dans ce qu'ils ne font pas" hein Simone. Et pour rendre à Patrick ce qui est à Patrick : "Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets" So, que la fête commence !
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