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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 11:30

Pour accueillir.
Protéger.
Réchauffer.
Materner.
Composer.
S’allonger.
Jouer.
Se cacher.
Rêver.
Cajoler.
Chérir.
Colorer.
Aimer.
Adoucir.
Voyager.
Pour bercer.

Pour Charles.

Couverture de berceau - Sonia Delaunay, 1911

Couverture de berceau - Sonia Delaunay, 1911

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18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 16:26

Derrière la porte

 

Il est 9h07, à une minute près.

Tous les jours de la semaine sauf exception.

Le compte à rebours commence.

Huit heures exactement pour atteindre ses objectifs.

Pas une seconde de plus. On ne compte pas les heures sup.

Ne pas se laisser divertir, attendrir, ramollir, dépasser, submerger, défaillir.

Surveiller, étudier, contacter, créer, produire. Vaille que vaille.

Programmée pour s’affranchir des critiques imaginées, attendues. Parano.

 

Un rendez-vous pour prendre l’air et ne pas devenir folle, plusieurs fois par semaine.

Casser la routine, s’inventer des obligations et une existence dehors.

Garder une activité, s’entretenir avec le monde extérieur.

Bain de foule pour une hygiène quotidienne.

 

Liberté choisie. Rien n’est moins sûr aujourd’hui.

Indépendance au prix fort. Répéter qu’il n’y a aucun regret…

Se persuader. Mentir peut-être. Elle ne sait plus. La frontière est ténue.

Mais personne ne lui demande plus.

Refuser, luxe ultime dans sa situation, qu’elle vient de se payer.

Redoubler d’efforts pour apporter la preuve de sa place dans le jeu, de son importance. Qu’elle n’a pas perdu son temps, qu’elle met toutes les chances de son côté.

Qu’elle a sa part d’utilité, qu’elle ne se laisse pas aller, qu’elle n’en a pas profité.

Non qu’elle n’y était pas autorisée, mais parce qu’elle ne se le permettra jamais.

Reprendre le fil. Se fixer des objectifs.

Des actions à rayer de la liste pour avoir la trace qu’elle est responsable et organisée.

Et surtout pas assistée.

 

Chaque jour, recommencer.

 

Compteur à zéro, croit-elle.

On lui dit le contraire. Que ça paiera (tôt ou tard).

Personne ne s’inquiète d’ailleurs.

Ça la fait flipper, mais ne sourcille pas.

Elle s’est imposée une règle, celle de ne pas faillir en société.

Sourire même bêtement, ça vaut mieux.

Parler de rien, et surtout pas de soi.

La nuit, tous les chats sont gris, alors on oublie.

Au petit matin, la course recommencera et chacun replongera dans ses urgences.

Paraît qu’en ce moment c’est l’enfer sur terre.

Que les calendriers sont pleins jusqu’en juin prochain.

 

Y aller de son couplet, de ses plans sur la comète, de ses victoires en milieu stérile.

De ses doutes qui n’ont de place qu’à la pause déjeuner.

Payer un inconnu pour déverser ses larmes de pauvre fille qui n’a pas le droit de se plaindre. Elle s’excuse de geindre entre ces quatre murs blancs, à heure fixe.

Le canapé est froid et pour la promotion, faudra repasser.

Regard vers l’horizon bouché. Les stores sont baissés. Et les dés jetés ?

Dans la salle d’attente, les hormones sont en ébullition.

Y en a que pour eux. C’est de saison.

 

L’heure est aux derniers préparatifs.

Sur les réseaux, elle fait mine d’exister, de s’épanouir dans cette vie remplie de vide.

Le pire c’est qu’elle y prendrait goût à cette solitude.

Dans quelques semaines, un tsunami la traversera.

Elle le sait. La valise n’est pas encore prête. Le saura-t-elle jamais.

Elle lit, imagine des sorties quand bien même redoute les heures après minuit.

 

Se rêve à partir seule en escapade.

Faire le mur et rentrer à l’aube.

 

Demain, elle sera à nouveau liée.

Elle s’inquiète déjà pour lui, pour eux.

 

Eternelle ritournelle.

Elle ne changera pas. Il est trop tard.

Elle consulte des ouvrages qui ne parlent que de ça.

Et rien, pas même les écrits de ses contemporains qui racontent la même histoire

depuis la nuit des temps, la remet sur le droit chemin.

 

Alors…

 

Alors rien.

Elle espère qu’elle y verra plus clair demain.

Et que cet été sera bien.

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 11:12

Torpeur dominicale.

Météo estivale.

Foule sentimentale.

 

Rue Soufflot,

Place est faite à une femme,

Une fois n’est pas couture.

 

Sans un mot.
Dans la cuisine,

Parité parfaite.

 

Partition à quatre mains

Pour un taboulé parfumé

À la menthe hachée.

 

Communier

Autour d’un déjeuner en paix.

Sainte Trinité.

 

Cérémonie historique,

Écoutée religieusement

Sur les ondes publiques.

 

L’entrée de Simone au Panthéon.

Dans son ombre, dans ses pas,

L’amour qui ne quitta jamais ses bras.

 

Sa voix, les hommages anonymes,

Les commentateurs qui comblent le vide,

Le cœur et l’esprit.

 

Et le silence des camps aussi. 

 

À nos filles, à nos fils.

De la pudeur. Et la grandeur d’une vie.

De l’horreur aux honneurs.

 

Il faudra dire et ne jamais faillir.

Être toujours dignes et intangibles.

Que rien n’est jamais acquis.

 

A jamais, rester éveillés.

Nous rappeler ce matin d’été.

Que nous fassions bon usage de l'héritage de cette femme pour nous protéger de l’obscurité.

Simone Veil

Simone Veil

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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 17:43

Longtemps je me couchais

Je rêvais à d’autres résolutions.

Longtemps je m’endormais

J’oubliais mes obligations.

Je rallumais parfois,

Je griffonnais quelques idées sur l’oreiller.

Compilées. Inachevées. Entachées des prérogatives à assumer.

Pour garder la face, rester au niveau de l’eau,

Ne pas se noyer dans une ivresse sans fête.

 

La perspective de nuits hachées.

La perspective de ces journées gâchées.

La perspective d’être à bout de souffle.

Paralysie.

Je cherchais la sécurité d’un corps retrouvé

La sérénité d’une tête ordonnée.

Un nouveau souffle, la force pour cette nouvelle vie.

Avec une obsession, ne rien devoir à mon prochain.

Assurer, pour mon salut et celui des miens.

 

Je rongeais mon frein.

Je décortiquais cette panne sèche.

A l’ouvrage, le cœur à vif alors sous vide.

Les angoisses.

Les grands écarts.

Blindage pour ne pas vaciller.

Colmater les failles et s’enfuir loin des vagues.

Il a tout pompé. Je le voulais.

Ai-je des regrets ?

 

Ni un sacrifice,

Ni un sacrilège.

Mais une dévotion que je voulais parfaite,

Entière pour ne jamais être rendue coupable…

 

Aujourd’hui, il connaît les règles.

Il apprendra les lois. Il jouera avec les limites.

Son éducation est sur les rails.

Ma rééducation est au programme. Sentimentale.

 

S’autoriser les musiques lacrymales,

Les intrigues à rebondissement,

Les heures de vérité, les heures perdues,

Les nuits à se retrouver.

 

Il m’en voudra tôt ou tard.

Il m’aimera aussi pour ça.

Il viendra m’embrasser,

Il me demandera de lui pardonner.

 

Il usera et abusera de cette attention particulière.

Il jalousera quiconque s’immiscera entre lui et moi.

Un jour il comprendra que personne n’aura ce pouvoir, jamais.

Un jour, j’accouchai de lui à jamais.

Seonna Hong, In Our Nature - Hashimoto Contemporary

Seonna Hong, In Our Nature - Hashimoto Contemporary

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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 12:37

Sur scène.

Économie du corps. Économie du décor.

Blanche Gardin ne bougera pas un orteil de toute la représentation.

Si elle ne portait pas cette robe remarquable, à contre-emploi et comparable à celle de Cécile Duflot dans l’hémicycle, notre regard n’aurait rien sur quoi se poser, s’interroger.

Le piège se referme déjà, et pourtant, on ne sent rien encore.

 

Elle parle toute seule, face à une salle pleine qui est toute ouïe.

 

La réflexion formulée tout haut est aiguisée, acérée, elle tranche avec tout a priori, toute idée qu’on aurait sur ce « genre » de femme. Quelle femme.

 

Simone n’est pas loin.

Ça nous rassure, ça nous amuse aussi.

Et avec elle, rien ni personne n’est épargné. Impudique, tout y passe.

Le salasse, le salop, la solitude, la servitude… la sodomie… Nos certitudes.

 

Derrière les blagues de caca dont on est certaine qu’Ali Wong aurait aimé revendiquer la maternité, la finesse d’une analyse sur notre monde et notre rôle à composer avec, nous ramène à nos vieux démons.

 

C’est drôle et puis rapidement ça ne l’est plus.

On sent la terre glisser sous nos pieds. On va être enterré vivant.

On commence à douter de ce que nous avons sous le nez, ce pour quoi on a signé, un stand-up à vocation comique. On s’esclaffe une fois ou deux encore, histoire de reprendre notre souffle. Puis, on ravale notre salive. Et un malaise nous envahit. On est passé du côté obscur de la force de Blanche. On a envie comme un instinct de survie de s’enfuir mais rien y fait, on reste pour suivre la leçon jusqu’au bout – pour entendre la sentence. Thérapie de groupe ? Nos voisins des deux sexes ont encore le sourire. De façade ?

A la lumière de Blanche, la vérité se révèle entre gris clair et gris foncé.

 

Les derniers mots prononcés, le public se lève pour applaudir, pour sortir la tête de l’eau.

Ça a l’air de ne lui faire ni chaud ni froid à Blanche. Elle reste de marbre.

Elle n’aura pas mâché ses mots. Elle n’aura jamais choisi la facilité et essayé de nous attendrir, de nous émouvoir, de nous séduire.

 

La vie, nous rappelle-t-elle, n’est pas rose.

Tant mieux, car avouons que Barbie n’a jamais été notre tasse de thé.

A la différence de Blanche, avec qui on rêverait de passer une soirée alcoolisée.

Blanche Gardin

Blanche Gardin

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Présentation

  • : Vodka Lemoni
  • : Pas de justification. Pas de démonstration. Que des tripes avec du style et quelque élégance. Eviter de tomber dans le piège de l'egotrip "Miroir mon beau miroir". Sortir de l'éternelle fatalité "Vous êtes de ceux qui mettent leur orgueil dans ce qu'ils ne font pas" hein Simone. Et pour rendre à Patrick ce qui est à Patrick : "Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets" So, que la fête commence !
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