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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 17:22

Elle déteste cette ville.

Mais ici ou ailleurs…

Elle y revient après des années d’absence.

Elle y erre dans les rues, la nuit pour fuir cette nouvelle solitude.

 

Elle est à l’opposé de ces filles sur Instagram.

Loin de cette évanescence fabriquée, de ce naturalisme maniéré et même parions-le de ces photos retouchées.

 

Trop maquillée, mal fagotée, Paula (Laetitia Dosch) n’est pas Jeanne, Inès, Caroline et toutes ces filles qui déclarent haut et fort qu’elles mangent ce qu’elles veulent, fument comme des pompiers, ont des cheveux en pleine santé et ne semblent pas être contraintes de se réveiller aux aurores pour gagner leur croûte. En effet, elles vivent d’amour, de vin et des bons plans des copains. Elles sont jolies, ne passent pas souvent le périph mais expliquent à la terre entière comment tartiner sa baguette de pain et porter son béret sur le côté.

 

Paula s’en fout de son tour de taille. Elle a d’autre chat à kidnapper. Elle a faim. Comment trouver un toit et remplir un frigo qu’elle n’a pas quand on vient de se faire larguer par son Pygmalion, pour qui on a tout plaqué, dix ans auparavant, le bac à peine en poche.

 

C’est l’histoire d’une rupture, c’est l’histoire d’une mue, c’est l’histoire de retrouvaille, c’est l’histoire d’une non de deux, non de trois rencontres aussi improbables que fondamentales. C’est l’histoire d’une parisienne qu’on imagine de banlieue, une fille fragile plus forte que n’importe qui, pour qui on a froid, on a peur, pour qui on espère même le moins pire et qui nous démontrera que la parisienne – la vraie – n’a pas peur de transpirer et de se décoiffer pour se libérer des clichés et se prouver qu’elle peut y arriver, par elle-même, pour elle-même.

 

En aparté, on souligne ce prétendu hasard d’une Caméra D’Or qui récompensa en 2017 « Jeune Femme » de Léonor Serraille, un an après « Divines » de Houda Benyamina, complétant ainsi le portrait de femmes d’aujourd’hui aussi indépendantes que combattives toutes dans un style unique, mais bel et bien ancrées dans la vraie vie – même si c’est du cinéma.

Jeune Femme de Léonor Serraille, en salle actuellement

Jeune Femme de Léonor Serraille, en salle actuellement

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 15:31

Situation de crise.
Un homme et une femme à bout de souffle.
S'ils se sont aimés, ils ne savent plus se parler.
Incapables de se séparer car liés par une progéniture qui n'a rien demandé,
ils n'en finissent pas de se déchirer.


Un appartement pour ring, qui ne respecte pas toutes les règles d'hygiène et de sécurité.
Un baby-sitter apprenti pâtissier, bonne pâte mais vite dépassé.
Un ami avocat en devenir, qui voudrait que la loi soit respectée.
Un voisin appelé en renfort pour éviter d'en arriver aux mains.
Et un nouvel amant, qui arrondit les angles.

Elle, au bord de la crise de nerf, ne sait pas comment s'habiller pour l'évènement
et ne peut se permettre de perdre la face en duplex, en direct de Solférino.

Entourée de sa garde rapprochée, on la pense en sécurité, sous la menace du père de ses enfants, qu'on imagine ce dimanche, fou de ne pouvoir leur rendre visite.

Dehors, la rue gronde, divisée en deux camps, qui attend la proclamation du nom du nouvel homme providentiel, en cette journée historique d'élection présidentielle.

La foule rêve au changement. On lui a promis. Elle y croit.
Aparté : un an plus tard, elle a la gueule de bois.

Le décor est planté.

Lui et elle, n'en ont cure.
Pour exister, pour ne pas céder, ils se jetteront à corps perdu dans cette bataille
jusqu'au bout de la nuit, et ne pourra finir que par un chaos partagé.

Elle, vilaine fille, lui, mauvais garçon, ont tous les deux leurs raisons et des torts à égalité.

Pas un pour rattraper l'autre. Si on avait pris le parti de la jeune fille vulnérable jusqu'alors - solution de facilité, je suis d'accord - on se demande si elle ne joue pas de cette hystérie ambiante, si elle se rend compte de ce qu'elle provoque et si ce n'est pas elle qui serait dangereuse dans cette affaire.
Le problème n'est pas là.

La question est davantage "où trouver sa place, ici-bas ?".

La caméra, dont l'ambition n'est certainement pas d'embellir le portrait, montre d'une façon brute, parfois bringuebalante mais aussi chirurgicale la tension à fleur de peau, l'hystérie qui guette, l'Histoire en marche, le quotidien banal, la vie en clair, qui continue.

Dans les tripes de la réalisatrice Justine Triet, tout est digéré, tout ce qui fait sens pour des êtres faits de chair et de croyances. Sans que l'on s'en rende compte, elle opère à choeur ouvert dans notre société, de l'intime jusque sur la place publique.
Tout y est mélangé, c'est la réalité.

Si elle choisit de ne pas nous offrir de happy end, de laisser la balle au centre, la bande son semble vouloir nous dire, sans en avoir l'air, d'une voix naïve et enfantine de ne jamais renoncer, que notre place est dans la course, si nous n'avions pas encore la réponse, et que pour cela, point de miracle mais se lever, chaque matin que Dieu fait, quand bien même ce serait de mauvais poil et sans l'ami Ricoré.

La Bataille de Solférino de Justine Triet

(D.R)

(D.R)

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Présentation

  • : Vodka Lemoni
  • : Pas de justification. Pas de démonstration. Que des tripes avec du style et quelque élégance. Eviter de tomber dans le piège de l'egotrip "Miroir mon beau miroir". Sortir de l'éternelle fatalité "Vous êtes de ceux qui mettent leur orgueil dans ce qu'ils ne font pas" hein Simone. Et pour rendre à Patrick ce qui est à Patrick : "Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets" So, que la fête commence !
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